Orthorexie : quand le souci de bien manger devient un problème


Bien manger est l'un des piliers de la santé physique et mentale. Pourtant, chez certaines personnes, la recherche d'une alimentation « parfaite » se transforme en préoccupation permanente, qui limite la vie sociale et peut même nuire à la santé. C'est ce schéma que l'on appelle orthorexie. Comprendre où s'arrête l'attention portée à son alimentation et où commence l'obsession aide à reconnaître le problème à temps.

Qu'est-ce que l'orthorexie ?

Le terme vient du grec orthos (correct) et orexis (appétit) et a commencé à être utilisé à la fin des années 1990 pour décrire une fixation excessive sur le fait de ne manger que des aliments jugés sains ou « purs ». Contrairement à d'autres troubles alimentaires, l'attention ne porte pas sur la quantité de nourriture ni sur le poids, mais sur la qualité des aliments et sur la façon dont ils sont produits et préparés.

L'orthorexie n'est pas encore reconnue comme un diagnostic à part entière dans les principales classifications des troubles mentaux, et les chercheurs débattent toujours des critères pour la définir. Elle est néanmoins décrite dans la littérature scientifique et les professionnels de santé la rencontrent en pratique clinique, parfois associée à d'autres troubles alimentaires, à l'anxiété ou à des traits obsessionnels-compulsifs. Elle peut aussi être liée à une préoccupation excessive pour l'activité physique et la silhouette.

Alimentation saine ou obsession : les différences

Choisir des produits frais, cuisiner chez soi, privilégier le bio ou suivre une alimentation végétarienne ou végétalienne ne sont pas, en soi, des signes de maladie. De même, les restrictions alimentaires pour des raisons religieuses, culturelles ou éthiques, ou sur avis médical, sont des choix légitimes. La différence tient à la rigidité, à la souffrance et à l'impact sur la vie de la personne.

Quelques signes qui peuvent indiquer que la préoccupation est allée trop loin :

  • Passer de nombreuses heures par jour à penser à la nourriture, à planifier les repas ou à se renseigner sur les ingrédients.
  • Supprimer peu à peu des groupes entiers d'aliments, sans raison médicale, jusqu'à ce que la liste des aliments « autorisés » devienne très courte.
  • Ressentir une culpabilité, une anxiété ou une honte intenses après avoir mangé quelque chose qui enfreint ses propres règles.
  • Éviter les dîners entre amis, les fêtes ou les repas de famille faute de pouvoir contrôler ce qui sera servi.
  • Apporter systématiquement sa propre nourriture ou refuser des ustensiles ayant touché des aliments jugés inadaptés.
  • Juger sa propre valeur, ou celle des autres, en fonction de ce qu'on mange.
  • Perdre du poids sans le vouloir ou présenter des signes de carences, comme une fatigue persistante.

Ce comportement commence souvent de façon progressive, par des changements apparemment positifs, puis s'intensifie à mesure que les règles s'accumulent. Les informations nutritionnelles contradictoires et les modes alimentaires qui vont et viennent, comme l'éviction du gluten ou du lactose sans nécessité ou les régimes « détox », peuvent entretenir ce cercle.

Les risques pour la santé

Lorsque la restriction est importante, des carences en protéines, vitamines et minéraux peuvent apparaître, ainsi qu'une perte de masse musculaire et, dans les cas les plus graves, une dénutrition. Sur le plan émotionnel et social, l'orthorexie peut entraîner l'isolement, une anxiété permanente et des conflits familiaux. Comme la personne a tendance à considérer son comportement comme sain, voire vertueux, elle ne reconnaît souvent pas qu'il existe un problème, et ce sont fréquemment les proches qui s'en aperçoivent en premier.

Comment trouver de l'aide

Si l'on se reconnaît dans les signes ci-dessus, ou si l'on s'inquiète pour un proche, la première étape consiste à en parler à son médecin traitant, qui pourra évaluer la situation et orienter vers les professionnels adaptés. La prise en charge est généralement pluridisciplinaire et peut comprendre :

  • Un accompagnement psychologique : pour travailler sur les croyances rigides liées à l'alimentation, l'anxiété qui les accompagne et le rapport au corps.
  • Un suivi diététique : pour réintroduire les aliments de façon progressive et sûre et corriger d'éventuelles carences.
  • Une évaluation médicale et psychiatrique : pour écarter ou traiter d'autres troubles associés, comme l'anxiété, la dépression ou le trouble obsessionnel-compulsif.

Pour soutenir un proche, il est plus utile d'exprimer son inquiétude calmement et sans jugement, en se concentrant sur son bien-être et sur les répercussions au quotidien, que de débattre des règles alimentaires ou de tenter d'imposer des changements.

En résumé

L'orthorexie désigne une préoccupation obsessionnelle pour la qualité et la « pureté » des aliments, qui mène à des restrictions toujours plus fortes, à de la souffrance et à l'isolement. Une alimentation saine doit être variée, souple et compatible avec la vie sociale. Lorsque les règles alimentaires commencent à provoquer de l'anxiété ou à limiter le quotidien, il vaut la peine de demander l'aide d'un professionnel. Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.